Valeurs

Projet associatif du foyer de vie de Ruzière

PREAMBULE
Le Projet Associatif de l’association Ruzière est une déclinaison de l’article 2 de ses statuts :
« L’association se donne pour tâche, dans le cadre de la « Charte de Ruzière », de réaliser les conditions nécessaires à l’évolution des personnes handicapées psychiquement qu’elle accueille, entre autres :

  • la gestion de lieux d’hébergement et d’activités de qualité
  • la création d’autres lieux ayant des buts similaires
  • la conclusions d’accords utiles ou nécessaires avec des organismes privés ou publics
  • la production de toute publication en relation avec ses activités
  • l’embauche de personnels qualifiés ».

Voici une définition de la personne handicapée empruntée à Romain Liberman (Handicaps et maladies mentales – PUF – 2003 – p.36) : « Est appelée handicapé celui dont l’intégrité physique ou mentale est progressivement ou définitivement diminué, soit congénitalement, soit sous l’effet de l’âge, d’une maladie ou d’un accident, en sorte que son autonomie, son aptitude à fréquenter l'école ou à occuper un emploi s'en trouve compromise."

L’apprentissage de la différence, celle-là et toutes les autres, est la source de notre humanité. Plusieurs productions, cinématographiques ou littéraires, peuvent l’illustrer.
Le film américain « Rain Man » dans lequel Charlie, au contact de Raymond, se métamorphose progressivement : il passe d’un manipulateur égocentrique à un être humain tourné vers les autres.
De même, le film sur le respect de la différence, sur la beauté de la vie, « Le huitième jour » de Jaco Van Dormel est autant touchant qu’authentique. Authentique comme le jeu de Pascal Duquenne et de tous les acteurs trisomiques. Touchant de par sa narration qui compare les rêves colorés de George aux désillusions de Harry, l’homme d’affaires qui a sacrifié sa famille pour sa carrière.
A partir de l’ouvrage de Michel Serres, « Le tiers-instruit », en supprimant le trait d’union et en faisant du deuxième terme un verbe, nous pouvons considérer que cet autre différent nous instruit, nous éduque, nous élève.

Un pas de plus peut être franchi, au-delà de l’apprentissage de la différence et de la tolérance, la découverte de l’altérité.
Avec la tolérance, ma liberté s’arrête là où commence celle des autres. Cette assertion justifie le regard qui se détourne au nom de l’idée que je ne dois pas me mêler des affaires d’autrui.
Avec l’altérité, ma liberté s’étend au travers de celle des autres. Cela implique l’attention aux autres, le respect fondamental de l’ingérence dans les situations identifiées comme portant atteinte aux droits fondamentaux des Hommes d’être eux-mêmes et chacun différent.

1- Introduction

Le Foyer de Vie RUZIERE fut créé en 1984. Il s’est donné pour tâche de réunir les conditions permettant à de jeunes adultes en difficulté de se construire en tant que personne individuelle et sociale. Les personnes accueillies en ce lieu souffrent de troubles de la personnalité et de fragilité psychoaffective avec difficulté majeure d’insertion dans la réalité sociale et professionnelle. Cependant, les formes de handicap restent variées, et accepter la différence n’est pas ici un mot d’ordre mais une pratique journalière qui permet au social d’être vraiment curatif. La dimension thérapeutique se fonde sur le travail en ateliers, les pratiques artistiques,  la dimension culturelle et une vie sociale intense. La vie quotidienne est organisée sur le modèle « familial » : travaux domestiques, fêtes, échanges, loisirs et activités culturelles. C’est dans ce contexte de petits groupes de vie de 8 personnes que se sont installés l’appellation de « compagnons » pour les résidants et un tutoiement « naturel ».
Personnes accueillies et éducateurs, acteurs de leur propre vie dans cette communauté de destins, partagent de nombreuses journées ordinaires et beaucoup d’événements exceptionnels. L’activité « professionnelle » comporte des travaux agricoles et horticoles, ménagers et de cuisine, jardinage et menuiserie, artisanat et spectacles. De plus, toutes ces années d’existence ont favorisé les relations entre les personnes accueillies et la population locale, que ce soit au sein d’associations ou à l’occasion de manifestations diverses. Ruzière a certes une histoire, mais cette association a aussi des perspectives d’avenir pour ses résidants. En effet, pour certains, l’objectif principal est la réinsertion sociale et professionnelle. Pour d’autres, il s’agit de construire ensemble un projet pour leur vie en Bourbonnais, tout en conservant et en faisant vivre les liens avec les familles, pour celles et ceux qui le souhaitent.

2- Histoire & Perspectives

1980 : L’association est née de la volonté du couple fondateur le médecin psychiatre et son épouse. A l’origine, il s’agissait d’un accueil de type familial qui a ensuite évolué vers le souhait de créer un établissement. Cette structure s’appelait : Foyer de Vie Communautaire et de Travail Thérapeutique. 1984 : installation à Ruzière de 6 résidants. 1984 – 1992 : accueil progressif des résidants (jusqu’à 22) dans 3 unités de vie familiales. La gestion et l’organisation du lieu étaient structurées à partir d’un fonctionnement collégial. Les écrits étaient peu nombreux, non formalisés, la tradition communicationnelle s’inscrivait surtout dans l’oral. Les valeurs fondatrices qui fédéraient le personnel étaient le partage d’une vie communautaire avec les personnes handicapées, le principe de collégialité et l’entraide. Le groupe était considéré comme soignant. L’option éducative du projet d’établissement était que les résidants et les collaborateurs gèrent ensemble toutes les activités du Foyer. 1989 : construction de la Maison Rouge. C’est une extension du Foyer destinée à accueillir une unité de vie et un nouvel atelier (tissage). Les personnes handicapées, qui venaient de toute la France, étaient orientées par les CDES et COTOREP des départements d’origine. La position atypique du Foyer de Ruzière, figurant dans le guide Néret, dans le champ du médico-social, expliquait le recrutement national. En effet, à cette époque, l’établissement admettait des adolescents et jeunes adultes, pas assez déficients pour aller dans une structure occupationnelle classique, mais trop perturbés psychiquement pour intégrer un CAT, un atelier protégé ou le milieu ordinaire du travail.
1992 : l’établissement, devient foyer occupationnel et adopte la convention collective 66. Il prend pour nom Foyer Thérapeutique de Ruzière, le fonctionnement communautaire est abandonné, et l’accent est mis sur la réinsertion des résidants. L’accueil se fait sous la forme d’un internat. 1993 : achat du Domaine de Lange sur la commune de Bourbon l’Archambault, à environ 5 km de Ruzière. Deux objectifs sont recherchés : disposer d’un espace agricole (45 ha) qui pourra être exploité en biodynamie et créer un CAT agricole. Le premier est en cours de réalisation, le second n’a pas obtenu les agréments et financements nécessaires. 1998 : création de l’Association des parents et amis de Ruzière ». L’année suivante, l’association gestionnaire change de nom et devient « Association Ruzière ». 2003 : embauche du nouveau directeur suite au départ en retraite du précédent, fondateur de l’établissement.
2005 : l’établissement change de nom. Il devient « Ruzière - Foyer de vie », prenant ainsi en compte l’évolution en âge de la population accueillie. La réinsertion concerne maintenant seulement 25% des résidants, d’où l’abandon de l’appellation « thérapeutique ». 2006 : nouvel agrément donné au Foyer jusqu’en 2017, pour 24 internes et 2 externes, sans limite d’âge. Nous sommes aujourd’hui confrontés à de nouveaux enjeux, liés à l’évolution de la société et des textes législatifs de ces dernières années : loi 2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale, loi 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Dans ce contexte, on peut citer :

  • la participation accrue des personnes handicapées à leur propre projet de vie.
  • de nouveaux besoins et de nouvelles attentes des familles.
  • l’émergence du droit à compensation du handicap et de la notion d’accessibilité aux personnes handicapées mentales.
  • la reconnaissance du rôle de la famille dans l’accompagnement de leurs enfants.
  • de nouveaux interlocuteurs institutionnels issus des lois de décentralisation qui renforcent le département dans son rôle d’acteur de premier plan en matière d’accompagnement des personnes handicapées mentales (Maisons Départementales pour les Personnes Handicapées, MDPH).
  • l’émergence d’une conception plus individualisée suscitant des formes moins collectives de l’accompagnement.

Ce projet associatif sera le document de référence de tous les décisionnaires, adhérents, parents élus et professionnels de l’association.

3- Des valeurs

L’association Ruzière affirme que la personne en situation de handicap est d’abord et avant tout une personne, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que toute autre personne, mais son handicap implique la mise œuvre de compensations spécifiques. Ainsi, et au-delà des mesures législatives et réglementaires évoquées plus haut, l’association souhaite mettre à la disposition des personnes en situation de handicap mental, des lieux « protégés », autant que faire se peut, des excès de la société encore peu préparée à les accueillir, des lieux dont la qualité environnementale est entretenue, voire améliorée, des lieux à taille humaine dans lesquels ces personnes peuvent s’investir, à l’entretien desquels ils peuvent participer, au sein desquels ils peuvent se sentir bien. L’association Ruzière reconnaît à la personne handicapée mentale le droit de se construire, d’affirmer ses choix, d’influer sur son avenir, avec l’appui d’un accompagnement familial et professionnel.

Notre éthique : L’association Ruzière et ses adhérents partagent une éthique, promouvant un ensemble de valeurs fortes, qui met en avant l’Homme, qu’il soit ou non handicapé, et le soin apporté à son Environnement. Ces valeurs guident l’action commune et lui donnent un sens :

  • la dignité, la citoyenneté et le respect de la personne handicapée mentale ;
  • la fraternité et le service à l’autre ;
  • le développement de la participation de la personne handicapée mentale et le sentiment d’utilité sociale par le travail au service de la communauté ;
  • la découverte et le sens de l’altérité ;
  • la qualité de vie et d’accompagnement de la personne handicapée mentale ;
  • la solidarité et l’esprit d’entraide des familles ;
  • le militantisme et le respect des décisions démocratiques ;
  • l’engagement bénévole et désintéressé ;
  • le respect des convictions philosophiques, politiques, syndicales, religieuses ;
  • l’inscription de notre action dans une vision globale du devenir de l’homme sur sa planète.

La pluralité des forces vives composant notre association est une garantie d’indépendance vis à vis de tout pouvoir politique, économique, administratif, religieux et syndical. C’est une plus-value apportée aux services qu’elle rend.

Des principes et des valeurs Actions concrètes en faveur de l’environnement Ruziere s’engage ! Maitrise des énergies (panneaux solaires, chaudière bois…)

  • Tri et recyclage des déchets
  • Traitement naturel des eaux usées Potager en biodynamie
  • Compostage
  • Filières courtes d’approvisionnement
  • Matériaux et produits d’entretien écologiques

« Que certains le veuillent ou non, nous sommes toutes et tous les citoyens d’une même famille humaine, les citoyens solidaires d’une même terre ! »
Boutros BOUTROS-GHALI

Ruzière accueille et accompagne des adultes en difficultés psychiques.
Ateliers du vivre ensemble et prise en charge personnalisée privilégient la diversité des projets : épanouissement personnel, insertion socioprofessionnelle et participation à la vie locale.

Solidarité, respect de l’autre et respect de l’environnement sont les piliers d’une démarche pédagogique active et participative. Vécue au quotidien elle est résolument engagée depuis plus de vingt ans, vers un développement durable. Les dimensions artistiques et esthétiques traversent toutes les pratiques de l’établissement. Actions, échanges et partenariats contribuent pleinement à l’utilité sociale de notre projet.